les minuscules

 

Le ventre

 

Elle ne porte pas de bijoux, ses cheveux auburn n’ont jamais été colorés, elle n’est pas maquillée. Des ballerines plates et une jupe presque sage. Mais son petit top révèle plusieurs centimètres de son ventre, comme le veut la mode cette saison. Ses parents l’entourent de leur amour chaud et naïf, elle n’a pas honte de leur inélégance, de leurs vêtements laids et pratiques, de leurs sandales de marche, de leurs kilos en trop. Elle ne voit pas encore à quel point elle est différente d’eux. Elle a quatorze ans. Elle correspond parfaitement à l’idée que l’on se fait de la beauté féminine. Elle a choisi les bons vêtements et la nature l’a choisie, elle. Pourtant, là, sur la Piazza Grande de Locarno, ses épaules se recroquevillent, elle se serre la taille de ses bras minces, se cache derrière les reposoirs de cartes postales. Elle recouvre la peau de ce parfait petit ventre que tous les journaux féminins, toutes les chanteuses, actrices et mannequins l’ont incitée à exhiber. Elle a reçu comme une gifle le regard des femmes, moralisateur et jaloux. Et sur l’autre joue, celui des hommes, prédateurs et avilissant. L’innocence s’est envolée, une graine de honte a pris sa place. Elle entre dans sa vie de femme.

 

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