les minuscules

mademoiselle julia
 
Elle remonte ses cheveux, rassemble les boucles décolorées en une grosse chantilly. De la laque, beaucoup de laque. Il n’en faut pas moins pour conserver une certaine allure capillaire jusqu’au petit matin. Une goutte de citron dans chaque œil, puis du khôl très noir, puis du fard bleu. Elle n’a plus de mascara, ennuyeux. Elle se regarde. Tant pis. Elle mettra davantage de rouge à lèvres. Elle en applique trop, il bave. Elle râle, s’essuie la bouche, se concentre. Elle aimerait du parfum, pourtant elle y a renoncé, il y a longtemps déjà. Elle réajuste son décolleté de dentelle, passe son manteau léopard. Il est doux, il est chaud. Elle se pelotonne dedans, comme une fillette. Elle se sourit, se séduit, comme une fillette.
Des toilettes de la gare, sort une vieille putain. Ses cheveux jaunâtres et cartonnés sont grotesques. Son maquillage clownesque coule dans ses rides profondes. Son manteau élimé lui donne l’allure d’une immense peluche abandonnée. Elle part travailler et qu’importe si les nouvelles, les petites maquées qui font ça n’importe comment, lui ont volé tous ses clients. Dans la nuit de la rue, Mademoiselle Julia se fait princesse. Elle ne sait rien faire d’autre que le trottoir, Mademoiselle Julia.

 

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