les minuscules

 

La peluquería

 

Blonde platine et peau mate. Assise à l’entrée du salon, la plus jeune des coiffeuses fait le tri des clients. Elle passe rapidement ses yeux sur moi et me fait une petite place, tout près du haut-parleur qui diffuse une musique latino sur laquelle on imagine son mini-short se trémousser jusqu’au petit matin argentin. Une grosse femme aux ongles arc-en-ciel prend mes mains dans les siennes et les observe attentivement avant de commencer la manucure. Ma peau claire, mes doigts longs, la génétique hurle que je ne suis pas d’ici, que je suis de celles qui apprennent le piano. Elle me sourit, passe la crème avec douceur, répète les mots que je ne comprends pas. Le salon est plein comme un œuf, les clients se touchent. De jeunes hommes tatoués, des enfants qui chahutent, des adolescentes déjà grosses d’un premier bébé, des grand-mères qui surveillent. Tout le quartier se fait couper les cheveux pour 90 pesos. Le patron, bouche siliconée et bouclettes à la Maradona, remercie toutes les femmes et les filles d’un petit mot tendre. La star du salon, un jeune homme maquillé aux faux ongles brillants, applique une noisette de gel sur les cheveux du caïd local. Pas besoin de dissolvant pour nettoyer un quelconque vernis, la beauté du barrio, elle se trouve là, dans la peluquería.

 

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